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Après le meurtre d’un chauffeur InDrive, les failles d’un secteur toujours hors-la-loi

Le meurtre de Yassine, jeune chauffeur InDrive de 22 ans, a provoqué une vive émotion au Maroc. Père d’un nouveau-né, il avait disparu lors du troisième jour de l’Aïd al-Adha avant d’être retrouvé mort à Ouled Azzouz, à la périphérie de Casablanca. Trois suspects, dont une femme, ont été arrêtés près de Salé en possession de son véhicule. Si l’enquête doit encore établir les circonstances exactes du crime, les premiers éléments évoquent un possible guet-apens.

Au-delà du drame, cette affaire relance une question ancienne : celle de la sécurité des chauffeurs travaillant pour les plateformes de VTC au Maroc. Les conducteurs sont souvent seuls, exposés à des courses nocturnes, à des trajets vers des zones isolées et à des clients dont l’identité n’est pas toujours suffisamment vérifiée. Pour plusieurs représentants du secteur, le problème ne se limite pas à InDrive : il révèle plus largement l’absence d’un cadre clair pour une activité devenue quotidienne dans les grandes villes marocaines.

La sécurité des passagers est également en jeu. Des affaires judiciaires récentes ont montré que les risques ne concernent pas seulement les chauffeurs, mais aussi les utilisateurs des applications. En 2025, un chauffeur opérant via InDrive et son complice ont été condamnés à quinze ans de prison pour tentative d’agression sexuelle, enlèvement, séquestration, violences et vol aggravé. Ces cas isolés, mais graves, alimentent la méfiance autour d’un secteur qui transporte chaque jour des milliers de Marocains sans véritable statut légal.

C’est tout le paradoxe des VTC au Maroc. Les applications comme InDrive, Yango, Careem ou Yassir sont largement utilisées par les citoyens, les touristes et les professionnels, mais leur activité reste juridiquement fragile. Uber avait quitté le marché marocain en 2018, avant d’annoncer un retour partiel. Dans les faits, les plateformes continuent de fonctionner, alors même que les autorités rappellent régulièrement que le transport de personnes via applications numériques n’est pas autorisé dans le cadre actuel.

Le ministère de l’Intérieur maintient une position ferme, affirmant que certaines entreprises encouragent des activités de transport non autorisées. Mais en parallèle, une réflexion stratégique est engagée pour encadrer ces nouveaux usages. L’objectif affiché est de concilier modernisation des services, sécurité des usagers, protection des chauffeurs et respect des règles de concurrence. Le secteur attend désormais des réponses concrètes, après près de dix ans de promesses et de zones grises.

Dans l’immédiat, les syndicats appellent à renforcer les dispositifs de protection, notamment par l’installation de caméras à bord des véhicules, la vérification renforcée des passagers et un meilleur dialogue entre plateformes, chauffeurs et autorités. Mais ces mesures ne suffiront pas si le cadre légal n’évolue pas.