International France

Affaire Dupont de Ligonnès : M6 piégée par un faux témoignage en direct

L’affaire Xavier Dupont de Ligonnès continue d’alimenter fantasmes, hypothèses et emballements médiatiques. Mardi soir, l’émission Appel à témoins, diffusée en direct sur M6, a été piégée par un homme se présentant comme “le père Marc”, un prétendu prêtre affirmant avoir confessé Xavier Dupont de Ligonnès en 2022 dans un monastère de l’Aude.

À l’antenne, l’homme a assuré que le fugitif lui aurait avoué le meurtre de sa femme et de ses quatre enfants, retrouvés morts en 2011 sous la terrasse de la maison familiale à Nantes. Un témoignage spectaculaire, mais entièrement faux. Dès le lendemain, l’évêque de Carcassonne et Narbonne, Bruno Valentin, a fermement démenti l’existence de ce prêtre et dénoncé une séquence mensongère.

M6 a finalement reconnu avoir été trompée et a présenté ses excuses “sans réserve” à l’évêque. La chaîne affirme avoir lancé des vérifications dès la fin de l’émission, avant d’établir qu’il s’agissait bien d’un faux témoignage. L’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, a également été saisie par le diocèse.

Cette séquence relance une question centrale : jusqu’où peut aller la télévision lorsqu’elle traite une affaire criminelle non résolue, particulièrement sensible et déjà saturée de rumeurs ? Le format du direct, fondé sur l’interactivité avec les téléspectateurs, expose mécaniquement à ce type de dérive lorsqu’un témoignage n’est pas vérifié avant diffusion.

Julien Courbet, qui présentait l’émission, a assumé publiquement l’erreur tout en rappelant qu’Appel à témoins n’est pas une émission d’investigation classique. Mais l’argument ne suffit pas à effacer le problème : dans une affaire aussi lourde, chaque parole diffusée à l’antenne peut raviver la douleur des proches, désinformer le public et nourrir de nouvelles spéculations.

Quinze ans après les faits, Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable et l’affaire demeure l’une des plus commentées de France. L’épisode M6 montre surtout la puissance persistante de ce dossier dans l’imaginaire collectif, mais aussi les risques d’un traitement médiatique trop pressé, où la quête du “nouveau témoignage” peut prendre le pas sur la rigueur journalistique.