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Au Maroc, la fécondité baisse sous l’effet de la contraception plus que du recul du mariage

Le Maroc est officiellement passé sous le seuil de remplacement des générations. Selon les résultats du recensement de 2024, l’indice synthétique de fécondité s’établit désormais à 1,97 enfant par femme, un niveau historiquement bas. Mais l’intérêt de la récente étude publiée par l’Institut national français d’études démographiques ne réside pas seulement dans ce constat. Elle montre surtout que le Maroc suit une trajectoire singulière au Maghreb : la baisse de la fécondité ne s’explique pas principalement par le recul du mariage, mais par la diffusion massive de la contraception.

Contrairement à ce que l’on observe souvent dans les transitions démographiques, les femmes marocaines ne se marient pas plus tard. L’âge moyen au premier mariage féminin a même reculé, passant de 26,3 ans en 2004 à 24,6 ans en 2024, tandis que celui des hommes a légèrement progressé. Autrement dit, le mécanisme classique selon lequel le report du mariage réduit mécaniquement le nombre d’enfants ne fonctionne pas ici. Au Maroc, la baisse des naissances se joue davantage à l’intérieur des couples mariés.

Le principal moteur de cette transformation est donc la contraception. La part des femmes mariées utilisant un moyen contraceptif est passée d’environ 40 % dans les années 1990 à près de 70 % autour de 2020, avec une forte progression des méthodes modernes comme la pilule, le stérilet, l’implant ou les contraceptifs injectables. Ce mouvement traduit une maîtrise plus volontaire de la fécondité, dans un pays où le mariage reste relativement précoce mais où le nombre d’enfants désirés diminue fortement.

Cette spécificité distingue le Maroc de ses voisins. En Algérie et en Tunisie, les dynamiques de fécondité restent beaucoup plus liées à la nuptialité. En Algérie, la hausse des mariages au début des années 2000 avait entraîné un rebond des naissances. En Tunisie, à l’inverse, le report du mariage contribue à une chute plus marquée de la fécondité, tombée à environ 1,58 enfant par femme en 2023. Les trois pays convergent donc vers une fécondité basse, mais par des chemins différents : le mariage en Algérie et en Tunisie, la contraception au Maroc.

Cette évolution s’inscrit aussi dans un contexte social plus large. L’allongement des études, la fragilité de l’insertion professionnelle et les difficultés économiques transforment le rapport à la parentalité. Avoir un enfant devient un projet plus coûteux, plus exigeant, et souvent plus réfléchi. Au Maroc, la faible participation des femmes au marché du travail accentue cette tension : en 2024, moins d’une femme sur cinq était active, contre plus des deux tiers des hommes. Le diplôme lui-même ne garantit pas une meilleure insertion, notamment pour les femmes diplômées du supérieur.

Les conséquences démographiques sont déjà visibles. La base de la pyramide des âges se rétrécit, tandis que la part des personnes âgées progresse rapidement. En 2024, les plus de 60 ans représentaient 13,8 % de la population marocaine, contre 9,4 % dix ans plus tôt. D’ici 2050, ils pourraient atteindre près de 23 % de la population. Le Maroc entre donc progressivement dans une phase de vieillissement accéléré, avec des enjeux majeurs pour les retraites, la santé, l’emploi et la solidarité intergénérationnelle.

La grande différence avec l’Europe tient au rôle de l’immigration. Les pays européens connaissent eux aussi une fécondité très basse, mais une partie de leur croissance démographique reste soutenue par les flux migratoires. Le Maghreb, lui, demeure une région historiquement marquée par l’émigration. Le Maroc ne peut donc pas compter sur un solde migratoire positif pour compenser durablement la baisse des naissances. C’est tout l’enjeu de cette nouvelle phase démographique : le royaume vieillit, non pas parce que les femmes se marient moins, mais parce que les couples choisissent d’avoir moins d’enfants.